Un gros Zéro pour la gestion TI

erreur de gestion

Contrats informatiques : un gros zéro pour la gestion

Juin 2013

Enfin, on le dit haut et fort et par écrit. Michel Samson, actuellement  vérificateur général du Québec par intérim, vient de lever une partie du voile sur le fiasco qui entoure la gestion de contrats informatiques au sein du gouvernement.

Certaines des conclusions du rapport du Vérificateur général par intérim, dont le mandat ne visait pas à vérifier la fraude ou la collusion dans ce domaine, sont renversantes :

  • dans 37 contrats des 38 contrats analysés, la définition des besoins et l’estimation des coûts étaient mal documentées, quand elles l’étaient;
  • aucune analyse préalable n’avait été effectuée pour ces contrats afin de vérifier si le recours à une firme externe était le meilleur choix;
  • dans 17 des 38 contrats, il n’y avait qu’une seule soumission;
  • 9 contrats ont été accordés à une somme supérieure à celle de la soumission.

L’analyse de Michel Samson portait uniquement sur des contrats évalués à 271 millions de dollars qu’ont accordés le Centre des services partagés du Québec, Revenu Québec et la Régie des rentes du Québec entre 2009 et 2011.

Imaginez le reste !

Depuis quelques années, on assiste au Québec à une suite d’échecs que l’on dirait sans fin dans les projets informatiques. Là on parle des contrats publics, mais ce même bordel existe dans la sphère privée.

À qui la faute ? Aux gestionnaires TI ?  Aux haut-dirigeants d’entreprise ? Aux fournisseurs et impartiteurs spécialisés en prestations de services informatiques dont les rapacités et les propensions au copinage sont bien connues ? Je vous laisse y répondre.

La situation n’est pas rose et ce n’est pas d’hier qu’on le sait. Selon des relevés fiables, on sait que le tiers des projets informatiques échouent. Pas uniquement au Québec, mais dans le monde entier. Un rapport, publié par la firme de recherche Standish Group, jetait un énorme pavé dans la mare informatique. On y apprenait que 31 % des projets informatiques étaient abandonnés et que 51 % aboutissaient à des résultats insatisfaisants et ce,  au prix de dépassements de coûts et de prolongation des délais de réalisation.

Une autre étude, publiée en France par la firme Daylight,  indique que 16% des  entreprises avec plus de 250 employées, admettent que la majorité des projets sont des échecs.  70% des entreprises admettent que la majorité des projets informatiques dépassent les délais et les coûts. On en déduit de cette étude Française que  seul 14% des projets informatiques respectent leurs devis.

Est-ce qu’on utilise les bonnes pratiques ?

La première tendance qui se dégage est catastrophique : si les référentiels de bonnes pratiques se multiplient, force est de constater que les entreprises n’appliquent que rarement leurs vrais principes, même ceux de bon sens. Il en résulte un taux d’échec élevé. Pire, les entreprises sont incapables de tirer partie des échecs passés.

Moins de 10% des organisations disposent d’un SI collaboratif pour gérer un projet. Les projets sont déclenchés sur une vague étude d’opportunité. L’alignement stratégique, quand il existe,  est mené quasiment exclusivement en mode top-down, sans aucune possibilité de retour formel de la base vers le sommet. Les référentiels de bonnes pratiques sont souvent mal utilisés ou encore on s’en remet entièrement à un impartiteur ou fournisseur de services externes qui lui a plus intérêt à se générer du travail que de diminuer les coûts et les délais pour le client.

L’informatique et la gouvernance  ?

Alors que la « gouvernance » est dans toutes les bouches depuis une dizaine d’années, que ce concept repose sur l’alignement stratégique des TI sur les besoins d’affaires, on aurait pu croire que la qualification de « projet stratégique », donc prioritaire et intimement lié à l’avenir de l’organisation, serait un peu sérieuse.

Or, pour les répondants à la majorité des enquêtes, un projet est identifié comme stratégique uniquement parce que son budget dépasse un certain seuil ou parce que la direction générale l’a décidée sans aucunement justifier le qualificatif.

De plus, il est reconnu que l’excellence en matière de gouvernance des TI constitue un élément essentiel à l’exécution des services en TI au meilleur coût, ainsi qu’à l’intégration et à l’utilisation optimale des TI. Alors comment ce fait-il que plusieurs entreprises et organisations se libèrent totalement de la gestion de leurs services TI pour les offrir à contrat de longue duré  à des prestataires de services informatiques externes qui eux n’ont pas les mêmes objectifs d’affaires. Je vous rappelle ici la définition de la gouvernance: Elle a pour but de fournir l’orientation stratégique de son entreprise et de s’assurer que les objectifs d’affaires sont atteints.    

On peut rêver à une amélioration de la gestion des TI d’ici là.

Un cartel de l’informatique au Québec?

Existe-t-il un cartel de firmes informatiques, dont la présence vient compliquer la gestion des projets informatiques  ?

Au Québec, moins de 10 compagnies informatiques sont en mesure de mettre en place des systèmes d’information complexes. Et le choix ne se fait pratiquement jamais par appel d’offre, mais en prenant, plus souvent qu’autrement, les partenaires habituels. Ce n’est pas forcément les plus économiques.

Selon les recherches faites par William Leclerc et Denis Lessard, du journal La Presse, le gouvernement québécois a dépensé 3,5 milliards pour 6900 contrats de technologie. Près de 2 milliards, soit plus de la moitié de la valeur des contrats, sont allés à trois grandes firmes : TELUS, DMR et CGI.

En conclusion

Ces éléments de réflexion en tête, si j’aurais à pointer un coupable, je me garderais de pointer uniquement  les informaticiens. Je regarderais plutôt vers les dirigeants. Ce faisant, j’aurais tendance à les accuser un peu d’incompétence en tant que gestionnaires.

Pour les projets donnés en gestion externe, la main-d’œuvre n’aurait pas toujours les compétences requises.

Tout cela expliquerait-il les pertes de temps et les incompréhensions, lesquelles se traduiraient par des retards dans les livrables et par des dépassements de coûts. De plus, du côté des sous-traitants informatiques, il arrive souvent, que tout excités par la vue du projet du client  ”décorée en vache à lait” qu’ils acceptent de commencer les travaux même s’il existe plein de zones grises dans le mandat.

Une lueur d’espoir pour l’avenir ?

Résumé de deux articles de La Presse et lesnews.ca, ainsi qu’en appuis aux reportages du Journal de Montréal et de Québec publiés dans la semaine du 16 Juin 2013