IBM paye le prix fort pour se débarrasser de ses processeurs

IBM poursuit son recentrage en transférant ses usines de semi-conducteurs à la société spécialisée GlobalFoundries, une opération qui lui coûte toutefois très cher et n’endigue pas les inquiétudes sur sa stratégie alors que ses performances continuent de décevoir.

Aux termes de l’accord, le groupe informatique américain a accepté de payer 1,5 milliard de dollars à GlobalFoundries pour qu’il reprenne ses activités déficitaires de fabrication de puces. IBM a en outre déprécié ces actifs dans ses comptes du troisième trimestre, ce qui porte la charge totale à 4,7 milliards de dollars avant impôts (3,3 milliards net).

Ces frais ont réduit presque à néant le bénéfice net d’IBM pour le troisième trimestre, également publié lundi: il est tombé à 18 millions de dollars, contre 4 milliards un an auparavant.

IBM était l’un des derniers grands du secteur à maîtriser l’intégralité du cycle de production des composants, de la planche de dessin jusqu’à la fabrication et la commercialisation. Il les utilise lui-même dans ses serveurs, mais sous-traite aussi pour des tiers: un de ses microprocesseurs équipait par exemple la console de jeux vidéo Xbox 360 de Microsoft.

GlobalFoundries, une société à capitaux émiratis qui avait notamment repris les usines du fabricant de puces américain AMD, va notamment récupérer deux usines aux États-Unis et leurs salariés, ainsi que des milliers de brevets. Il continuera pendant dix ans à fournir des microprocesseurs pour les serveurs d’IBM, qui se limitera à l’avenir à la recherche sur les semi-conducteurs.

«Nous sortons d’une activité qui non seulement nécessitait beaucoup de capitaux, mais aussi pesait sur notre bénéfice», a affirmé aux analystes le directeur financier d’IBM, Martin Schroeter.

«Ralentissement marqué»

Les analystes de Cantor Fitzgerald voient dans la cession «une évolution positive qui s’aligne bien avec la stratégie du groupe visant à se concentrer sur des activités à haute valeur ajoutée», surtout vu la concurrence croissante venue d’Asie.

IBM s’est séparé progressivement d’une grande partie de ses activités industrielles pour se recentrer sur les services, et vient notamment de céder ses serveurs d’entrée de gamme au groupe chinois Lenovo, qui avait déjà repris ses PC en 2005.

Cette stratégie ne semble toutefois payer que modérément. Le chiffre d’affaires a reculé pour le 10e trimestre consécutif, de 4% à 22,4 milliards de dollars au troisième trimestre, et la déception était nette à Wall Street où l’action IBM chutait de 6,71% à 169,83 dollars vers 11h25.

La PDG Ginni Rometty a invoqué un «ralentissement marqué en septembre des achats des clients» (se ressentant sur le carnet de commandes, en baisse de 7% à 128 milliards de dollars à fin septembre) et «le rythme sans précédent de changement dans notre secteur».

«Les résultats résument nos inquiétudes quant à la transition à laquelle IBM doit faire face dans de multiples activités», note la banque Jefferies, jugeant notamment «très légères» les performances dans les logiciels dont les ventes ont baissé de 2%. Les revenus des services ont aussi diminué, de 3%.

M. Schroeter a précisé que le ralentissement touchait «presque toutes les régions» mais était «le plus prononcé sur nos marchés de croissance»: les revenus dans les BRIC sont notamment en baisse de 7%.

Il a aussi invoqué le renforcement du dollar. «Toutes les devises semblent aller contre nous», a-t-il relevé, prévenant que l’impact au troisième trimestre restait «relativement petit comparé à ce que nous voyons venir au quatrième trimestre et en 2015».

IBM s’attend désormais à un recul de 2% à 4% de son résultat d’exploitation par action cette année et a renoncé à son objectif de longue date d’au moins 20 dollars par action en 2015.

Mme Rometty a avoué que les performances trimestrielles étaient «décevantes», mais s’est dite «absolument convaincue d’avoir les bons objectifs», assurant vouloir «réinventer et gérer l’entreprise pour le long terme».

Barclays évoque néanmoins «beaucoup de problèmes spécifiques au groupe», tout en reconnaissant que les difficultés d’IBM pourraient «suggérer de potentiels vents contraires pour (des concurrents comme) EMC ou Cisco».

 

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