L’Homme a stoppé le refroidissement des océans

Alors que depuis près de deux millénaires, leur température baissait de façon continue, le réchauffement, dû aux activités humaines, a inversé la tendance.

industrie-1900L’entrée dans l’ère industrielle a marqué, pour les océans de la planète, un profond bouleversement.

C’est ce que fait apparaître une étude internationale publiée le lundi 17 août dans la revue Nature Geoscience et à laquelle plusieurs équipes françaises ont collaboré.

Sur l’ensemble des mers du globe, des tropiques jusqu’à proximité des pôles, les chercheurs ont reconstruit les variations de températures des eaux de surface au cours des deux mille ans passés. Cela, à partir des données extraites du zooplancton fossile enfoui dans les sédiments marins ou encore de certaines molécules organiques.

La teneur en magnésium et en calcium ainsi que le type de lipides qu’elles contenaient renseignent sur la chaleur, des eaux superficielles où évoluaient ces organismes.

Selon Marie-Alexandrine Sicre, directrice de recherche au CNRS:

« Pour la première fois, nous avons une vision rétrospective de l’évolution climatique de l’océan sur deux millénaires »

« Il ressort que les températures de surface moyennes de l’océan ont régulièrement diminué entre le Ier et le début du XIXe siècles »

L’étude ne chiffre pas cette baisse, mais Guillaume Leduc, chercheur du CNRS au Centre européen de recherche et d’enseignement de géosciences de l’environnement indique des moyennes recouvrant de fortes disparités régionales:

« Globalement, le refroidissement passé est plus prononcé près des pôles, avec des valeurs pouvant atteindre 2,5 à 3 °C, que dans les zones tropicales, où il se situe autour de 1 °C sur les deux derniers millénaires »

Marie-Alexandrine Sicre, directrice de recherche du CNRS au Laboratoire d’océanographie et du climat ajoute que:

« Jusqu’à présent, nous ne disposions de relevés de la température, mesurée par des navires océanographiques, que pour le siècle dernier »

« Pour la première fois, nous avons une vision rétrospective de l’évolution climatique de l’océan sur deux millénaires »

« Le refroidissement que nous avons mis en évidence jusqu’au début de l’ère industrielle est une découverte »

Afin d’atteindre ces résultats les chercheurs ont fait tourner des modèles permettant de remonter jusqu’aux années 800 seulement et ce, en y introduisant différents facteurs possibles de « forçage », qui sont un ensemble de données comme: la variation de l’orbite de la Terre, l’intensité du rayonnement solaire, les gaz à effet de serre, la déforestation et le volcanisme.

Ils en concluent que sur la période des années 800 à 1 800, l’activité volcanique est le seul paramètre susceptible d’expliquer ce coup de froid.

On savait déjà que les grandes éruptions volcaniques, telles que celles du Pinatubo (Philippines, 1991), du Krakatoa (Indonésie, 1883) ou du Tambora (Indonésie, 1815), peuvent faire chuter temporairement la température à la surface de la Terre, parfois pendant plusieurs années. Les cendres et les gaz qu’elles propulsent jusqu’à la stratosphère se transforment en effet en aérosol qui font écran aux rayonnements solaires.

Helen McGregor, première signataire de l’article, indique que l’étude montre que ces éruptions ont aussi pour conséquence un refroidissement à long terme de la surface des océans.

Tout a donc changé avec les débuts de l’industrialisation. En raison du réchauffement lié aux activités humaines, les océans montent progressivement en température.

Guillaume Leduc ajoute:

« Il est frappant de constater que le changement climatique d’origine anthropique est d’ores et déjà enregistré dans les sédiments marins qui se sont déposés au cours des deux derniers siècles »

Cette bascule est d’autant plus notable qu’une grande partie de l’énergie accumulée dans le système climatique, sous l’effet du réchauffement global, est absorbée par les océans. Et que ceux-ci jouent donc un rôle crucial dans la régulation du climat de notre planète.

coke townMarie-Alexandrine Sicre estime que les éruptions volcaniques ne s’étant pas arrêtées avec l’ère industrielle, il est vraisemblable que leur effet « rafraîchissant » sur les océans tempère le réchauffement réel des mers directement induit par l’homme.

Hugues Goosse, professeur à l’UCL, mentionne que si l’océan n’accumulait pas l’énergie émise par l’homme:

« On estime que la température terrestre n’aurait pas augmenté d’un degré en 150 ans, comme elle l’a fait, mais d’1,5 degré »

Le jour où nous diminuerons considérablement nos émissions de gaz à effet de serre, il n’y aura pas pour autant un effet rapide sur le climat ou un arrêt brutal du réchauffement climatique, car l’océan qui aura accumulé de l’énergie jusque-là commencerait dès lors à en relâcher. D’ici 2100, la température moyenne du globe pourrait augmenter de 4,8 °C.

Nous rappelons que le XIXe siècle aurait vu les températures descendre jusque vers 1900-1910 dans le cadre d’un cycle lent de 5000 ans dû à la mécanique orbitale, pouvant faire craindre un nouvel âge glaciaire, mais la tendance se serait inversée par l’activité industrielle de l’homme.

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