Le livre audio explose aux États-Unis

Écouter un livre tout en faisant ses courses ou son jogging, la possibilité séduit de plus en plus de lecteurs et contribue à la croissance insolente du livre audio aux États-Unis dans un secteur de l’édition sous pression.

Il est loin, le temps du lourd coffret de cassettes encombrant qui coûtait parfois le triple du prix d’un livre imprimé et ne reprenait souvent que des extraits d’un ouvrage, pour limiter les coûts. Aujourd’hui, pour écouter un livre audio, il suffit de télécharger un fichier sur son téléphone intelligent, moyennant un prix souvent équivalent, voire inférieur, à celui de l’édition papier.

En 2016, les livres audio de Bruce Springsteen, Carrie Fisher ou Bernie Sanders, écrits à la première personne et lus par leurs auteurs, ont tous été des succès.

Selon l’association des éditeurs de livres audio (APA), 35 574 références ont été publiées aux États-Unis en 2015, huit fois plus qu’en 2010. Et le chiffre d’affaires total de ces ouvrages lus à haute voix a atteint 1,77 milliard de dollars, en hausse de 20 % sur un an.

Selon le site spécialisé Author Earnings, plus encore que pour les livres imprimés, le géant Amazon - qui a racheté en 2008 le numéro un du secteur Audible – domine largement ce marché : il a vendu 119 000 livres audio par jour en janvier 2016.

La plupart des grands éditeurs disposent désormais de leur propre structure avec des équipes étoffées.

Contrairement à d’autres pays, il y a longtemps qu’aux États-Unis le livre audio est considéré comme bien plus qu’un gadget, même si le marché n’a vraiment décollé que depuis quelques années avec la généralisation des téléphones intelligents.

“Aux États-Unis, les gens passent beaucoup de temps en voiture. Pour les utilisateurs, c’est une manière de rendre qualitatif ce temps passé dans les embouteillages”, souligne Mary Beth Roche, présidente et éditrice de Macmillan Audio, filiale dédiée de la maison d’édition Macmillan.

“C’est souvent un long voyage en voiture ou le fait d’avoir un temps de trajet important pour aller travailler qui amène les gens à essayer le livre audio pour la première fois”, explique-t-elle. “Par la suite, ils se mettent à écouter dans d’autres endroits.”

Les téléphones intelligents permettent maintenant bien d’autres usages : jogging, tâches ménagères ou activités manuelles.

“Ils sont parfaits lorsqu’on a un mode de vie chargé”, résume Marisa Bluestone, directrice de la communication de l’Association des éditeurs américains (AAP).

C’est aussi un moyen de ménager ses yeux lorsqu’on a passé une journée à travailler devant l’ordinateur, explique Mary Beth Roche.

Il faut vendre au moins mille exemplaires d’un livre audio pour qu’il soit rentable, dit-elle, et la règle veut qu’en moyenne, un livre audio réalise 10 % des ventes de l’édition imprimée. Même si certains genres font mieux, notamment la science-fiction, le “fantasy» et surtout la bibliothérapie, les livres du mieux vivre, très en vogue aujourd’hui.

Mais les éditeurs rechignent à parler des marges ainsi dégagées, expliquant qu’elles peuvent varier sensiblement selon la longueur du livre.

Expérience

Ce qui est sûr, c’est que l’expérience montre que, loin de concurrencer le papier, le livre audio permet aux auteurs de conquérir de nouveaux amateurs, souligne Anthony Goff, vice-président senior chez Hachette, responsable de ce secteur. Et, du coup, les auteurs sont beaucoup plus intéressés qu’avant par la version audio de leurs livres, explique-t-il.

Ils pensent souvent à des acteurs pour faire sonner leurs mots, dit-il, et sont même régulièrement prêts à le faire eux-mêmes “si ce n’est pas de la fiction et s’ils ont une voix qui le permet”.

John Hart, auteur américain de nombreux thrillers, déconseille cependant d’écouter un livre audio en faisant de la gym ou du magasinage.

Mais dans un “environnement plus propice à la contemplation”, dit-il, cela peut-être “tout aussi plaisant que de lire dans une pièce au calme et peut même être une immersion encore plus totale”.

SourceAFP
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