Pilule contraceptive pour homme testée avec succès

pilule contraceptive pour homme

Avec un taux de réussite de 96%, la contraception hormonale masculine obtient des résultats comparables à son équivalent féminin…

Cette étude prospective, conduite par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a permis d’évaluer la sûreté et l’efficacité des contraceptifs injectables chez 320 hommes en bonne santé âgés de 18 à 45 ans. Tous étaient dans une relation monogame avec une femme âgée de 18 à 38 ans depuis au moins un an, et la qualité de leur sperme était normale au début de l’étude.

Pour réduire drastiquement le nombre de spermatozoïdes dans leur liquide séminal, ces hommes ont reçu des injections de 200 milligrammes d’un progestatif à libération prolongée, l’énanthate de noréthistérone, et 1000 milligrammes d’un androgène à libération prolongée, l’undécanoate de testostérone. Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la revue Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism.

Un million de spermatozoïdes par millilitre

Ils recevaient deux injections toutes les huit semaines pendant une durée ne pouvant excéder 26 semaines.

Des échantillons de sperme étaient prélevés à la huitième et à la douzième semaine, puis toutes les deux semaines, jusqu’à ce qu’ils atteignent les critères requis pour passer à la phase suivante. On demandait aux couples de recourir à d’autres méthodes non hormonales de contraception pendant cette période.

Une fois le nombre de spermatozoïdes descendu sous 1 million par millilitre lors de deux prélèvements successifs, les couples devaient alors se satisfaire, en guise de contraception, des seules injections. Au cours de cette seconde phase de l’étude, les hommes continuaient à recevoir des injections, cette fois toutes les huit semaines, pendant 56 semaines au maximum.

1491 effets secondaires

Des échantillons de sperme étaient toujours prélevés toutes les huit semaines afin de s’assurer que le nombre de spermatozoïdes restait bas. Après la fin des injections, l’équipe a continué à surveiller le nombre de spermatozoïdes pour voir à quelle vitesse celui-ci revenait à la normale.

Les résultats de cette étude montrent que les injections ont réduit efficacement le nombre de spermatozoïdes à 1 million par millilitre (ou moins) en 24 semaines chez 274 des participants, et qu’elles ont été efficaces en tant que méthode de contraception chez presque 96 % des utilisateurs, puisque seulement quatre grossesses ont démarré.

Néanmoins, 1491 effets secondaires ont été rapportés, parmi lesquels des effets classiques, comme la dépression et d’autres troubles de l’humeur, mais aussi des douleurs dans la région injectée, des douleurs musculaires, une augmentation de la libido et de l’acné.

75 % des hommes prêts à recourir aux injections contraceptives

Dans 39 % des cas, ces effets n’étaient en fait pas liés aux injections contraceptives, mais à cause de ces effets secondaires, les chercheurs ont cessé d’enrôler des participants pour leur étude en 2011.

Bien que 20 participants aient aussi abandonné l’étude à cause des effets secondaires, plus de 75% d’entre eux ont cependant déclaré après l’étude être prêts à utiliser cette méthode de contraception.

D’autres études d’ampleur plus réduite ont également montré l’efficacité des injections hormonales pour les hommes, et les chercheurs continuent désormais de travailler afin de trouver la combinaison d’hormones parfaite permettant de réduire les effets secondaires tout en offrant une méthode de contraception masculine efficace.

Pas pour demain la veille ?

Compte tenu du taux élevé d’effets indésirables, la contraception masculine n’est pas pour demain. Peut-être pour 2018, comme l’espèrent des chercheurs américains qui testeront bientôt chez l’homme un gel injectable dans le pénis. Ou en 2021, comme l’espèrent des chercheurs de l’université de Wolverhampton (Royaume-Uni) qui travaillent sur un spray nasal immobilisant les spermatozoïdes, afin qu’ils n’atteignent pas l’ovule.

Toutefois, même si ces techniques de contraception aboutissent, encore faut-il que les hommes l’acceptent et s’en emparent.

Pour l’instant, les barrières à la contraception masculine ne sont pas que physiologiques, mais aussi psychologiques, soulignait Jacques Young, endocrinologue à l’Inserm.

Hé les hommes, il est temps de vous y mettre !

La contraception hormonale féminine est aussi responsable de bien d’autres troubles, tels que des maux de tête, des nausées, des crampes abdominales ou encore une prise de poids, souligne The Atlantic, qui détaille les notices de plusieurs pilules contraceptives et rappelle qu’il existe des cas rares de perforation de l’utérus par des stérilets. Alors “oui, les contraceptifs ont des effets secondaires, et il est temps pour les hommes de s’y mettre aussi !”, martèle The Independent.

Pour Cristabelle Sethna, spécialisée dans les études féministes et de genre à l’université d’Ottawa, citée par le site canadien Global News, le fait qu’il n’y ait toujours pas de contraception masculine, alors qu’elle est commercialisée pour les femmes depuis les années 1960,  est symptomatique d’inégalités entre les genres. “Pas seulement en matière de limitation des naissances, mais au niveau de la médecine en général”, prévient-elle. 

Est-ce vraiment une bonne idée ?

Irrités par les nombreux articles qui tournent en dérision ces “pauvres hommes” incapables de supporter ce que de nombreuses femmes endurent depuis des décennies, certains s’insurgent. C’est le cas du site Heatsreet qui n’hésite pas à titrer, à la limite de la malhonnêteté : “Cet essai de contraception masculine dont vous vous moquez tous rend les gens infertiles”. L’article fait référence au fait que l’un des participants n’a pas retrouvé un taux de spermatozoïdes normal quatre ans après sa dernière injection.

Pour d’autres en revanche, si la pilule pour homme n’est pas une bonne idée, c’est parce qu’elle risquerait de faire perdre aux femmes la maîtrise de leur propre corps. “Je suis une grande féministe, et l’idée que les femmes assument toute la responsabilité alors qu’il y a deux parties dans cette affaire est totalement ridicule,écrit Frankie Leach dans le Huffington Post. Mais cela signifie-t-il que je devrais faire confiance à un homme pour être aussi responsable avec la contraception que je le suis ? Je ne pense pas.”

Alors, véritable révolution “qui va tout changer”, comme le prédit dans The Telegraph Aaron Hamlin, directeur exécutif de Male Contraception Initiative, une organisation en faveur de la contraception pour les hommes, ou fausse bonne idée ?

Le débat est lancé. Nous attendons vos commentaires !

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